Joel Forrester est un compositeur avec plus de 1600 chansons à son actif. Il a eu la chance de côtoyé le grand Thelonious Monk qui disait à son sujet : « You can play » !

Joel Forrester au Château de Chavaniac Lafayette en septembre 2018 (© B. Mazuel)

C’est également un pianiste de jazz polyvalent et accompli, leader de son propre quintet. Son jeu puise son inspiration dans la stride, le boogie-woogie, le bebop, la transe et ce qu’il aime appeler des «pièces de salon», mais chaque composition porte l’empreinte de cet artiste très singulier. Joel a composé le thème de « FRESH AIR » de National Public Radio avec Terry Gross. Le thème a été diffusé plus de 200 000 fois au cours des trois dernières années – il a été joué et entendu plus souvent que toute autre composition de jazz de la radio américaine (stations publiques et privées) au cours des 28 dernières années ! Le thème de FRESH AIR peut également être entendu sur son CD Ride Symbol, « STOP THE MUSIC », une collection qui met en valeur l’éclat de Joel en tant que pianiste solo.

Joel Forrester a composé plus de 1600 morceaux ! (© B. Mazuel)

Reconnu par Paris Free Voice comme « le premier accompagnateur mondial de films muets », Joel Forrester a donné des concerts au Louvre à Paris , à l’American Center, au Forum des Images et au Museé d’Orsay. Pendant plusieurs années, il a joué dans des films au Festival d’Avignon. À New York, il a joué au Film Forum, au Brooklyn Museum, au Centre for Photography et aux archives du film Anthology.

Une collection unique au monde !

150 heures de bonheur avec la collection exceptionnelle de Jo Milgram… Que des pépites !

Jo Milgram : pour l’amour du jazz

Toute la vie professionnelle de Jo Milgram (1916-2005) a un dénominateur commun : le jazz.

Depuis près de trente ans, et c’est unique au monde, il a rendu accessibles les trésors de sa collection de films.

Son premier choc, il l’a eu à quinze ans, sous la forme d’un 78 tours, découvert aux Puces.

Il l’avait raconté à Francis Marmande dans un article du Monde daté du 24 février 1999.

« En 1931, sur un truc en ferraille, un phono à pavillon, j’ai entendu Armstrong. Ce fut une révélation, un éblouissement. J’ai tout compris d’un coup, je n’ai plus lâché… »

Adolescent, il passe sa vie dans les clubs de Saint Germain des Prés, devient l’ami des musiciens de passage à Paris, le frère d’armes de Boris Vian, d’Hugues Panassié, de Charles Delaunay, de Jacques Bureau et de Pierre Noury, du Hot Club de France, découvreur de Django Reinhardt.

Il vibre devant « les big bands, les solistes, l’âge d’or du jazz, l’âme lumineuse des Noirs d’Amérique… le premier concert sur scène, Duke Ellington en 1933, puis Armstrong et Cab Calloway en 34, le Cotton Club au Moulin Rouge en 37. »

Et un seul voyage aux États-Unis, en 1963 avec Eddie Barclay, où il a pu enfin, à l’Apollo de Harlem, sangloter en live devant un spectacle de gospel, qui lui donne l’impression d’être « plongé dans un bain d’huile bouillante… »

C’est encore le jazz qui décide de sa carrière : il débute chez Vogue, grâce à Léon Cabat, comme représentant, avant d’être l’artisan de la réussite commerciale de la maison Barclay, où il passe quinze ans, de la fin des années cinquante au milieu des années soixante-dix.

Il rejoindra ensuite le légendaire Lucien Morisse, son plus proche ami dans le métier, pour être nommé directeur général d’AZ Discodis, au sein du groupe Europe N°1.

Europe 1 où il avait participé en tant qu’invité de ses complices Daniel Filipacchi et Frank Ténot, à « Pour ceux qui aiment le jazz »…

Jo Milgram a commencé à collectionner les films dès 1970, à une époque où « il y avait encore des catalogues intéressants à Hollywood, mais si quelqu’un ne s’y était pas accroché, tout aurait disparu… ». En trente ans, avec l’aide de Daniel Filipacchi – qui, ému par sa démarche de partage, unique elle aussi, lui a légué une partie de ses propres trésors – il a constitué une des plus belles collections, une somme unique au monde.

Daniel Richard, actuel directeur du jazz chez Universal (et que Jo avait connu à l’époque où il s’occupait du rayon jazz chez Lido Musique) a été l’artisan de la miraculeuse rencontre entre la collection Jo Milgram et son public.

C’est lui qui l’a encouragé à faire ses premières projections : ce sera la semaine Jazz on movies, lancée le 12 janvier 1977, à l’Action Christine, suivie d’une deuxième édition à l’Action Lafayette.

C’est le 12 novembre 1980 qu’a lieu au CISP de la porte de Vincennes la première d’une série d’inoubliables sessions mensuelles de l’Histoire du jazz par le cinéma – plus de 140 programmations différentes produites par Noël Hervé, désigné par Jo comme son dauphin – que plus de 20 000 personnes ont plébiscitées, jusqu’à la dernière séance du 24 juin 1993.

C’est là que Patrick Bensard a découvert la collection et a proposé à Jo d’organiser des projections ponctuelles à la Cinémathèque de la danse, autour de ses Trésors du film de jazz.

Depuis la première séance à Chaillot, le 3 octobre 1987, d’innombrables soirées d’anthologie ont fait swinguer l’ancienne Cinémathèque et le Palais de Tokyo, sans oublier une incroyable soirée Armstrong à Pleyel.

« Le meilleur accueil, les meilleures conditions. »…

Tout naturellement, depuis 1999, la collection Jo Milgram a trouvé refuge à la Cinémathèque de la Danse.

« La comédie musicale, les danseurs, la gestuelle, les mouvements de l’orchestre, la chorégraphie des musiciens… » tout cela prédisposait selon Jo ses trésors a enrichir le fonds réuni par Bensard, avec la complicité de Nicolas Villodre, de Bernard Rémy, de Virginie Aubry, d’Anne-Marie …

Pour l’inauguration des séances de la Cinémathèque de la danse au 51 rue de Bercy, Philippe Decoufflé avait d’ailleurs choisi de terminer sa programmation par une pépite, les Nicolas Brothers…

Ce qui faisait le charme de ses séances, c’était non seulement l’incroyable richesse de cette collection mêlant tous les genres, tous les styles, courts et moyens métrages, images sophistiquées et dessins animés, histoires scénarisées et reportages anonymes, mais aussi son présentateur.

Érudit, délibérément de parti pris, passionné, intarissable, Jo vivait le moindre extrait de film avec l’intensité qu’il mettait en tout.

Une de ses grandes fiertés a été ainsi d’offrir à Clint Eastwood des bobines inédites de sessions de son idole, Bird.

Une émission, Le cercle de minuit, lui a été consacrée sur France 2, Philippe Lefait ayant réuni autour de Jo Milgram un plateau de rêve, Bertrand Tavernier, Jean Rouch, Francis Marmande…

Jo voulait donner à chacun la chance de revivre une éternelle jam-session, avec « l’impression que Bessie Smith ou Cab Calloway ne chantent que pour vous… ».

Rien d’intellectualisé, rien d’élitiste dans sa démarche. La plaisir pur, hot bouillant, passionné, que Jo mettait dans la présentation de ses séances.

C’est cette flamme que j’ai choisi de continuer à faire passer, au côté du Centre National de la Danse, qui lui a consacré deux soirées d’hommage en janvier 2014, avec des surprises concoctées par des amoureux de la Collection, de René Urtreger à Pascal Légitimus, spectateur aussi assidu que discret…

En donnant à voir ces films méconnus à des publics innocents — comme ces jeunes rappeurs et break dancers de Tanger sidérés devant « ces mecs qui avaient tout inventé » — ou des amateurs avertis, mais toujours estomaqués devant l’ampleur et la diversité de ces richesses. Avec aussi la jubilation de traverser l’Atlantique, en une semaine à la Cinémathèque québécoise, où la collection a fait le voyage de Lindbergh, le “Lindy hop”, à l’envers pour Montréal 2007…

J’ai voulu en prolonger l’écho à travers CinéJazz, faire traverser l’écran aux tap dancers et aux musiciens, jouant un remake jazzy de La rose pourpre du Caire.

Armstrong est mort en 70, Duke en 73 : grâce à Jo, ils renaissent à chaque séance !

Et l’on pourra clamer à nouveau, le 30 mars 2019, avec Joël Forrester : « Ils sont vivants ! »

Josette Milgram-Todorovitch

JO MILGRAM : LE CŒUR DU JAZZ

« Le cœur du jazz est l’amour que les musiciens ont en commun : c’est le partage », répète souvent Jo Milgram. Ce partage, il le pratique assidûment à la Cinémathèque de la Danse lorsqu’il nous convie – Dieu sait que nous tenons à ces rendez-vous ! – à l’une de ses séances très anti-conventionnelles, qu’avec Jean Rouch nous avons nommées pour rire « l’Université du jazz ». Et chaque fois que Jo Milgram prend la parole, avant que l’écran ne s’allume sur les merveilles qu’il nous destine, je ne peux m’empêcher de penser à celui qui fut l’âme de ces lieux, Henri Langlois, qui présentait dans la salle de la Cinémathèque Française, de sa voix émue et légèrement essoufflée, les trésors dont il était l’enlumineur.

L’imminence de la beauté des images produisant chez l’un et chez l’autre le même émoi, la même fébrilité charmante. Ce dont Jo Milgram nous parle sans relâche, ce qu’il nous montre, c’est la légende dorée d’une époque disparue du jazz. Figures prodigieuses, lunaires, au visage souriant ou totémique, danseurs et musiciens célèbres ou méconnus, qui viennent à nous, magnifiques, précis, suspendus à leur instrument, sautant en l’air périlleusement, zigzagant, swinguant, glissant, délicieux virtuoses, femmes graves, ravissantes, dandies impeccables, qu’aucune pesanteur ne semble pouvoir affecter. Plus forts que la mort, plus légers que la nuit, ces possédés angéliques vibrent encore à la lueur palpitante de la mémoire. Qu’importe alors les dates, les noms, les précisions historiques, puisque nous savons bien que seules comptent l’ivresse et la gravité du plaisir, l’hypnose légère, provoquées par l’enchaînement de ces images dont le grain et le grésillement sonore renforcent l’effet d’hallucination. Ce bonheur inouï, sans âge, Jo Milgram nous le donne avec sa collection, sauvant de l’oubli une tradition et un raffinement qui, d’année en année, semblent plus riches, plus vibrants et plus lointains. « Le jazz est l’âme des noirs, une âme heureuse », nous dit encore Jo Milgram.

Patrick Bensard, juin 1994

UN APERÇU DES TRÉSORS DU FILM DE JAZZ

DE LA COLLECTION JO MILGRAM

Rhapsody in Black and Blue, 1932, d’Aubrey Scotto, avec Louis Armstrong.

– Black and Tan Fantasy, 1929, de Dudley Murphy, avec Duke Ellington et son orchestre, la danseuse Fredi Washington, The Five Hot Shots, The Cotton Club Chorus Girls et The Hall Johnson Choir.

– It’s About Time, 1984, vidéo, de Peter Petronio, avec Sarah Petronio et Jimmy Slyde

Coup de chapeau aux Berry Brothers : Extrait de Panama Hattie, 1942, de Norman Z. McLeod, avec Lena Horne et les Berry Brothers, séquences de Lady Be Good, 1941, de Norman Z. McLeod, avec Eleanor Powell et les Berry Brothers, ainsi que le court métrage de Mura Dehn de la série Artists in Jazz (c.1960) consacré à James Berry.

– Jazz from Studio 61,1959, de Karl Genus, avec Ahmad Jamal, Israel Crosby, Ben Webster, Buck Clayton, Vic Dickenson, Hank Jones, George Duvivier, Jo Jones.

The Sound of Jazz, 1957, de Jack Smight, la meilleure émission de jazz de l’histoire de la télévision, avec Red Allen, Count Basie, Doc Cheatham, Vic Dickenson, Roy Eldridge, Jimmy Giuffre, Freddie Green, Coleman Hawkins, Billie Holiday, Jo Jones, Thelonious Monk, Gerry Mulligan, Joe Newman, Nat Pierce, Jimmy Rushing, Pee Wee Russell, Rex Stewart, Mal Waldron, Ben Webster, Dicky Wells, Lester Young…

Kid Ory :

L’homme de la Nouvelle-Orléans, 1958

scènes à la Nouvelle-Orléans

Bessie Smith :

Saint-Louis Blues, 1929, de Dudley Murphy, 15’

Louis Armstrong :

Rhapsody in Black and Blue, 1932, d’Aubrey Scotto, 10′

Coleman Hawkins, Roy Eldridge, Johnny Guarnieri :

After Hours, 1961, 27’

Duke Ellington, Ella Fitzgerald :

Duke Ellington sur la Côte d’Azur, 1966, 40’

MILES-DIZZY-THELONIOUS

– Surprise : Document rare avec Charlie Parker et Dizzy Gillespie, c.1951, 16mm.

– Theater for a Story, 1959, 16 mm, NB, sonore, avec Miles Davis et son quintet, John Coltrane, Wynton Kelly, Paul Chambers, Jimmy Cobb, Gil Evans, Dave Brubeck, Ahmad Jamal, Ernie Royal, Johnny Coles, Emmett Berry, Frank Rehak, Jimmy Cleveland, Julius Watkins, Bill Barber, Danny Bank…

– Dizzy Gillespie Quintet à Valbonne, 1965, 16mm, avec Dizzy Gillespie, Leo Wright et Lalo Schiffrin.

– Thelonious Monk à Paris, 1966, 16mm, de Jean Bescout et Jean-Jacques Celerier, avec Thelonious Monk, Charlie Rouse, Nate Hygelund, Paris Wright, Philly Joe Jones.

– Jazz Session : Miles Davis Newport à Paris, 1972, vidéo, de Bernard Lion, producteurs délégués : André Francis, Henri Renaud, Bernard Lion, avec Miles Davis, Michael Henderson, Leon Chandler, Gary Barts, Charles Don Alias, James Forman et Keith Jarrett.

BLUES & RHYTHM’N BLUES

Furry Lewis, Bukka White, Mance Lipscomb, Willy Dixon, Arthur « Big Boy » Crudup,

B.B. King, extraits de En remontant le Mississipi, 1971, 30’, de Robert Manthoulis

Sonny Boy Williamson, document de 1963 présentant le légendaire bluesman, 11′

The Buddy Guy Blues Band, c.1967, 6’

Lightnin’ Hopkins interprète trois blues, 1967, 10′

Documents avec Sam & Dave et Otis Redding, 1973, 18’, de Peter Clipton

Ike & Tina Turner, Roberta Flack, The Staple Singers et Wilson Pickett,

extraits de Soul to Soul, 1971, 32’, de Denis Sanders

Une histoire du jazz en images – with Universal Music Jazz France
– « Buddy Rich and His Orchestra », de Will Cowan, 1948, 12’
Avec Terry Gibbs.
Buddy Rich en crooner, danseur et percussionniste.
– « Woody Herman and His Orchestra », de Will Cowan, 1948, 12’
Avec Shorty Rogers, Ernie Royal, tpt ; Earl Swope, trb ; Woody Herman, clar, voc ; Stan Getz, Zoot Sims, Al Cohn, ts; Serge Chaloff, bar sax ; Don Lamond, drs…
Une des toutes premières apparitions de Stan Getz à l’écran, au sein des « 4 Brothers ».
– « Symphony in Swing », de Will Cowan, 1949, 12’
Avec Duke Ellington et son orchestre.
Numéro de danse inédit des Edwards Sisters.
– « Perez Prado and His Orchestra », de Will Cowan, 1952, 12’
Avec Perez Prado, le roi du mambo, au chant et au piano.
– « King Cole Trio », de Will Cowan, 1950, 12’
Avec The Benny Carter Band. Dont : Benny Carter, ldr ; et Nat King Cole, pno, voc ; Irving Ashby, gtr ; Joe Comfort, b ; Jack Costanzo, bongo, Bunny Briggs, taps ; Dolores Parker, voc.
Numéro de danse de Bunny Briggs.
-«  Xavier Cugat and His Orchestra », de Will Cowan, 1952, 12’
Numéro de danse de Tobby & Louie.
– « Salute to Duke Ellington », de Will Cowan, 1950, 12’
Avec Duke Ellington et son orchestre.
– « Sugar Chile Robinson, Billie Holiday, Count Basie and His Sextet », de Will Cowan, 1951, 12’
Avec Sugar Chile Robinson, piano ; Billie Holiday, Count Basie et son Sextet.
Copie flambant-neuve de ce joyau, comparable à Sound of Jazz.
 en tout près de 150 heures de bonheur !