Jazz en Velay ?

Jazz en Velay est une association créée en 2011 dans le but de rassembler une équipe de passionnés afin de promouvoir la culture et l'expression du jazz sur l'agglomération du Puy et dans le département de la Haute-Loire

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Interview de Mickaël Feugray

EN PARTENARIAT AVEC LE WEBZINE BONJOUR MARCEL NOUS AVONS INTERVIEWÉ MICKAËL FEUGRAY, PRIX JAZZ EN VELAY 2019 POUR SA NOUVELLE : FAUCHÉ PAR UNE NUIT CONNE (disponible à la FNAC du Puy-en-Velay, lors des concerts Jazz en Velay ou par correspondance à jazzenvelay@gmail.com)

TEXTE INTÉGRAL 😉

1°) Quel est votre rapport à la littérature et la musique ?

Bonjour Marcel, bonsoir Jazz en Velay et salutations aux lecteurs du site. La question est toute trouvée pour me présenter, un biberon à la main. Je suis donc Mickaël Feugray, tout du moins, c’est ainsi que l’on m’accoste au téléphone pour me demander j’ai quelques minutes à consacrer à l’amélioration des ressources énergétiques de mon foyer. Je suis artiste havrais, l’écriture et le mensonge étant à la base de tout ce que je construis, je réponds au type au bout du fil que je ne suis pas propriétaire, et je retourne lancer mon chauffe-biberon.

J’ai publié un premier recueil de nouvelles « Arthrite et Cataracte » aux éditions Inédits (de l’excellente Florence Euverte) en décembre 2016, dont le premier tirage est épuisé. J’attends des lecteurs de Bonjour Marcel qu’ils lancent une grande pétition nationale et solidaire afin de lancer une réédition. D’avance merci à vous tous !

Je suis juré du Prix Don Quichotte de Rueil-Malmaison depuis 4 éditions, instauré par une bouillonnante Marie-Line Musset (dite la Baronne du Polar dans le milieu de la nouvelle), figure cruciale dans mon cursus de nouvelliste.

Côté musique, grâce à Damien Lépine aux arrangements, j’ai façonné un album perso en 2006 (« Impasse du fond de la misère ») et un album pour le groupe rock Asphalte, « Macadam Fortune » (en 2014). J’écris l’ensemble des textes et compose la plupart des morceaux du quartet. Libre à eux ensuite de les sublimer sur scène, les réinventer. La redécouverte des titres live m’est à chaque fois un cadeau.

Depuis deux ans, je porte également le groupe acoustique de chanson française Bleu Nuit, avec mon frère Jason Feugray et le touche-à-tout Léo Dubois.

Si j’évoque ces noms autour de moi, c’est qu’en art, les rencontres sont primordiales pour avancer, réfléchir son chemin et mener plus loin nos œuvres. D’un intérêt commun naît de réelles amitiés, pérennes et porteuses, chance non négligeable. J’ai connu ma compagne grâce à Damien, et voilà que je change des couches depuis une semaine… tout ça pour de la musique à la base… on ne mesure jamais ce qui se trame dans les festivals.

Charlie Chaplin comme influence majeure.

2°) Vos influences littéraires, vos thèmes de prédilection ?

Oùlà, faut pas lancer sur des thématiques comme ça, Jean-Christophe ! Je risque d’en faire des caisses et des pages. On touche à la passion qui m’anime, puisque j’ai fait vœu de misère dans l’écriture. Je ne fais « que » ça. Je vivote de mes écrits, ça ne nourrit pas son homme, encore moins son fils, mais je m’épanouis totalement dans cette vie.

Ma seule réelle influence est celle de Charlie Chaplin. C’est à mes yeux un grand écrivain. Il a façonné chez moi cette exigence de la forme. En toute chose, en toute scène, soigner la forme, reprendre mille fois sa phrase pour la rendre personnelle, esthétique, efficace et juste, tout en s’employant à dire des choses, être un révélateur de la société. Allier rires et larmes, forme et fond, voilà bien ma quête. Chaplin est tout ça, porté aux sommets.

Si je puis me permettre un exemple simple, on peut écrire : « — Le soleil tape. Il fait trop chaud. Je vais ouvrir la fenêtre. ». Ça se fait. On comprend que le soleil brille, ça va à l’essentiel. Sauf que Joseph, Abel et Julie auraient pu l’écrire, ça ne casse pas trois pattes à un caneton, n’emporte rien, ça n’a pas plus d’écho, ça s’arrête à l’idée principale, c’est fade et facile, banal, neutre, on ne frise pas l’apoplexie. Cela en devient même froid, dommage pour un soleil qui brûle… Peu importe, me direz-vous, des tas de gens n’ont cure de la plume (je le constate amèrement dans le concours que je chapeaute, rares sont les textes avec du brillant), bien des lecteurs se moquent de la patte d’un auteur, vivent très bien de phrases simples et n’attendent que le déroulé de l’histoire, sans soubresauts ni jubilations dans les tournures. L’essentiel est dans l’histoire (nous dit-on).

Non. L’intérêt est aussi dans l’histoire, mais pas seulement. Les conteurs offrent une histoire. Selon moi, un auteur doit aller plus loin, suggérer, envenimer la phrase, brinqueballer la routine, malmener la langue pour sortir un peu de la facilité : « — Putain de cagnard. Toujours à nous tabasser les flans. Des piges qu’on l’mange en pleine face. Franchement, j’vais t’dire : ma claque de subir ces conneries à longueur de journée. J’vais me taper une Inuit. Ou un macchabée. Y m’faut du frais. »

Ne sent-on pas — alors — combien il fait chaud ? N’est-on pas avec un personnage qui se dessine, une personnalité, un monde ? Il fait tellement chaud qu’il vitupère, s’énerve, cherche une solution. C’est vivant, il se passe des choses, en quelques mots et entre les lignes. C’est tout cela, pour moi, qui se joue aussi derrière le style. Un monde propre à l’auteur. Je ne saurais trop conseiller aux écrivaillons de bûcher leur tartine et s’inspirer des « Exercices de styles » de Raymond Queneau (à étudier dans toutes les écoles).

Pour le reste, je considère de ma famille littéraire des tisseurs de constellations comme Éric Chevillard, Tanguy Viel, Christian Gailly, Jean Vautrin, Annie Saumont, Fabien Pesty, Georges-Olivier Châteaureynaud, Boris Vian et la havrais Raymond Queneau.

Mais j’ai un amour débordant pour les œuvres de Richard Brautigan, Charles Bukowski, William S. Burroughs, Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Marguerite Duras, Henri Michaux, Nathalie Sarraute, J-B. Pouy, Jacques Prévert, Topor, Koltès, Rilke, Antonin Artaud, René Char, Colette, Bruce Benderson, Eduardo Mendoza, Victor Hugo, Rimbaud, et des auteurs de BDs tels que Dumontheuil, Dillies, Kokor, Lomig, Fred, Fabcaro. Il y a du farfelu et du loufoque dans tous ces gens-là, de l’exigence et de la folie-douce, du phrasé et de la générosité, des émotions contraires. J’oublie sûrement des milliers d’esthètes… (Pynchon, K. Dick, Sterne…). Ne pinaillons pas : lecteurs de Bonjour Marcel, je vous mets au défi de découvrir une œuvre de chacun de ces créateurs. Je ramasse les copies dans dix ans.

Quant au fond, mes thèmes de prédilection sont de vraies monomanies, des rengaines, des gimmicks obsessionnels : la lutte contre le racisme et l’homophobie, le féminisme, l’écologie, les injustices sociales, la folie, les petites gens et la musique. Pas un livre sans que ces thèmes ne soient abordés. Ça me constitue. Comme le tennis, les olives et les câlins de mon fils. Vous ai-je parlé de mon fils ?

Un homme engagé !

3°) Depuis combien de temps écrivez-vous et pourquoi écrire ?

J’écris depuis la classe de CM1 (ma mère avait été conviée par la maîtresse pour une histoire de bernard-l’ermite que j’avais prénommé Thierry). L’école a été le véritable laboratoire, j’avais l’impression de pouvoir m’y distinguer, j’y ai fait mes gammes avec délectation. J’entends souvent le discours erroné qui consiste à voir le système éducatif comme un formatage de nos esprits, je m’inscris en faux contre cette vision. On y gagne des outils précieux et pourvu que l’on ait le bon état d’esprit, on peut tout à fait s’y exprimer et y trouver des référents. J’ai été porté par de nombreux professeurs, ça n’a pas de prix ! Depuis l’école primaire jusqu’à l’université, bien des copies étaient pour moi une opportunité pour faire montre de style ou d’originalité, que ce soit en français, philo ou en économie.

Je suis particulièrement démuni face aux langues étrangères, il me manque le gène de la comprenette, mais je m’y battais comme je pouvais. À la fac, une prof d’angliche m’a jeté : « — Tu es un poète. Tu cherches à écrire des choses inattendues. C’est vraiment ambitieux. Mais qu’est-ce que tu es nul en anglais ! Garde ça pour le français. On n’y comprend rien, fais simple ! », Je l’ai écouté, j’ai arrêté l’anglais, alors que I’m not nul, I manque juste a little bit de vocabulaire.

J’écris donc avec assiduité et l’ambition d’être édité depuis 20 ans maintenant (j’en constatais 17 bougies sur le gâteau d’anniv’). Je n’ai rien fait lire pendant 10 ans, persuadé de devoir parfaire mon style, apprendre à écrire, m’escrimer, tenter, explorer, échouer et grandir, mûrir, avoir des choses à dire. On dit qu’il faut 10 ans pour faire un boxeur, je pense la même chose des auteurs. C’est un minimum. Mais combien d’années pour faire un Homme ? La vie, sa rudesse, nos aspirations, nos valeurs, tout ceci s’est mis en branle ensuite pour façonner ma voix. Prendre la plume oui, mais pas pour épiler les kiwis.

Pourquoi écrire ?

Chez moi, l’écriture est sociale et souvent pamphlétaire, elle s’attache à défendre des points de vue. Je ne cherche pas à plaire, mais à convaincre. C’est un combat d’opinions, une bataille de conscience. Ce ne fut pas toujours le cas, c’est ma bataille actuelle, je ne me vois plus écrire pour ne rien défendre. Je crois qu’il faut aller au charbon et batailler ferme pour banaliser ce qui doit l’être. A titre d’exemple, « pédé » est l’insulte la plus répandue qui soit, et pourtant, l’on ne parle que de l’amour d’un homme envers un autre homme. On n’entend jamais « espèce d’hétéro ! sale amoureux ! » dans les cours de récré. J’écris là-dessus. De même, je trouve le racisme archaïque, tellement dépassé, c’est l’âge de pierres à mes yeux, or, malgré tout, les dinosaures des partis extrêmes montent partout dans les suffrages européens. J’écris là-dessus. De façon renouvelée mais permanente. Il faut continuer ces combats, encore et toujours. On a le droit de s’émanciper de Cro-Magon. Pour que la génération future soit le fruit de notre humanisme. D’ailleurs, parlant de génération nouvelle, vous ai-je parlé de mon héritier ?

Un petit livre qui se lit en une traite !

4°) Quels sont vos futurs projets artistiques ?

Deux albums musicaux pour 2020 :

• « Overdose », un album-concept pour Asphalte, le groupe rock pour lequel j’écris (en français bien sûr) et compose. Ce sera rock, noir, désabusé et emphatique, peut-être ce que j’ai écrit de plus rentre-dedans et offensif contre l’inertie des politiques en place, mis en musique (http://asphalte.hautetfort.com/).

• « Au diable le spleen (et en avant l’espoir) » pour Bleu Nuit, mon groupe folk / chanson française, dans lequel j’officie à la guitare et au chant. Tout l’inverse dans cet album à venir : Bleu Nuit positive le monde, cherche des solutions, des horizons possibles (http://bleunuit.hautetfort.com/).

Côté littérature, je cherche éditeur pour deux recueils de nouvelles :

• « Toujours un peu à côté de ses pompes », drôle et touchant, j’y croque une vision du monde décalée autour de personnages un peu branques ou carrément givrés.

• « Quand les loups se griment en chiots », un recueil sang pour sang polar, dans la veine de « Fauché par une nuit conne » honoré par le Festival Jazz-en-Velay en cette année 2019. Il correspond en tout point à mes ambitions évoquées précédemment. Incisif, stylisé, engagé et distrayant. J’y ai mis beaucoup de moi. J’écris chaque livre comme si c’était le dernier.

J’avance également deux romans, mais avec la naissance mon mouflet… vous ai-je parlé de… ?

5°) Qu’écoutez-vous comme musique en ce moment ?

Outre les gazouillis de mon buveur de biberons, je cours dans les rues havraises sur Noir Désir, les Doors et Tom Waits, j’écoute en boucle « Sonr Ravns » de Ragnar Zolberg (rock prog’ islandais), « Pink Moon » de Nick Drake (folk), « Endorphine » de Daran (rock/chanson française), « Naïf comme le couteau » d’Alexandre Varlet (folk/chanson française), « Jeannine » de Lomepal (rap), « Hail to the Thief » de Radiohead (rock), du Robert Johnson et « Tales of America » de J.S. Ondara (blues) et « My Funny Valentine » de Chet Baker (jazz). Et mon amoureuse assomme l’enfant prodigue des « Gymnopédies » d’Érik Satie (classique).

Un auteur-compositeur-écrivain-poète vrai et Havrais !

6°) Quelles sont vos relations avec le jazz ?

Des relations très bonnes et apaisées. On s’acoquine régulièrement, se dragouille à la moindre opportunité, se fait des infidélités, souvent, mais l’on revient toujours l’un vers l’autre. Je viens du rock prog’ et de la chanson française, mais j’écoute autant de jazz que n’importe quel autre genre musical. J’y suis certainement venu grâce à Boris Vian d’ailleurs (toute son œuvre en est traversée). Je dompte ce courant musical petit à petit, c’est omniprésent, sans chercher à l’être (Le Havre et ses alentours ont toujours porté jazz et blues, on est régulièrement gratifié de pointures de la note bleue). Le jazz m’accompagne de façon très naturelle, le mois dernier par exemple, j’ai visionné l’excellent biopic « Miles Ahead » de Don Cheadle, je me suis offert un vinyle de Chet Baker (cité plus haut), j’ai lu la double BD qui m’obsède « Blue Note » de Mathieu Mariolle et j’ai avalé deux cornets, vanille-fraise. Ça fait partie de ma vie, parce que mon existence tourne autour des arts en général, et qu’on ne se prive pas de jazz, ça rend malade.

Je suis particulièrement réceptif au be-bop, au cool-jazz, au jazz New Orleans, à l’improvisation et la liberté que le jazz suggère, à des ovnis tels que Keith Jarrett, les Coltrane, Monk, Bobby McFerrin, Al Jarreau, Nougaro, et du plus grand public, Nina Simone, Billie Holiday, Eva Cassidy, Chet Baker, Duke Ellington, Louis Armstrong. Je reste un novice en la matière, qui défriche petit à petit, en quête de perles rares.

En littérature, je le concède, blues et jazz font partie intégrante de mon imaginaire américain. Je les cantonne à cet univers, les fantasme ainsi. Rêver les States se fait souvent chez moi au temps de la prohibition, au milieu des populations noires, en pleine lutte civique. Ça reste révélateur et prend tellement de résonance aujourd’hui, sous l’ère Trump.

Et puis, à titre très personnel, familial même, mon frère se nomme Jason (prononcé à la française) et répond au surnom de « Jazz ». Et puisque je n’ai plus que lui en tête depuis huit jours (à la date de cette interview), hasard de cette entrevue, je viens tout juste d’être papa de mon premier bambin, un petit mioche qui répond au doux prénom de Thélonious. On fait difficilement plus jazz, non ?

Thelonious Feugray aime le livre de son papa 😉

7°) Connaissez-vous la Haute-Loire ?

Oh, très bien, oui, sur le bout des doigts. C’est bien la maman du loir, non ? Non, en dehors de ça, je confesse assez peu m’y connaître en rongeurs de la famille des Gliridés.

Prix Jazz en Velay 2019

8°) Acrostiche MARCEL ?

Molestons les geignards ! (il n’y a pas de petits combats)

Aimons les seins des autres !

Rions des nuages !

Croyons en l’humain, pas au Père Noël.

Encore merci pour l’intérêt porté par Bonjour Marcel et vous, Jean-Christophe.

Lisez le papa de Thélonious. Euh, vous ai-je déjà parlé de mon fils, d’ailleurs ?

Interview de Mickaël Feugray

Interview intégrale exclusive de Mickaêl Feugray, prix Jazz en Velay 2019 !

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Prix Jazz en Velay 2019

Suite au concours de nouvelles littéraires organisé par l’association Jazz en Velay, le Prix Jazz en Velay récompensant la nouvelle la plus jazzy de l’année est attribué à Mickaël Feugray pour son texte “Fauché par une nuit conne”, illustrée par Léa Berniaud. Un immense merci aux 51 participants de cette 7e édition.

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Tous aux puces musicales !

Vous avez sans doute une vieille guitare désaccordée au fond de votre placard, quelques vinyles que vous n’écoutez plus, ou alors une enceinte en trop… À moins que vous ne cherchiez un saxophone pour débuter la musique, ou une chaine hi-fi à petit prix… Enfin, quoi qu’il en soit, vous avez toutes et tous une […]

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